jeudi 18 juin 2009

Attali, un nouveau blogueur de l'assurance ?

Un lecteur assidu m'a signalé le billet de M. Attali sur ce qui me semble être son blog. Ce billet touchant à l'assurance, et ayant par ailleurs promis de parler d'assurance et plus de foot (oeoeoeoe), au moins pendant un certain temps, je ne pouvais pas rester sans réaction face à ce billet, dont je vous conseille évidemment la lecture, d'autant plus que M. Attali a présidé une commission qui, je le rappelle, a émis quelques recommandations sur le secteur financier en général et l'assurance en particulier (voir en particulier les recommandations n° 97, 98, 102 et 103).

Premièr constat, M. Attali confond fonds propres et éléments constitutifs de marge de solvabilité. En effet, les fonds propres ne sont pas, comme l'affirme l'auteur, "la somme des capitaux propres de la compagnie d’assurance, de sa dette subordonnée et d’une estimation des profits que la compagnie pourrait générer par ses placements". Les fonds propres, ce sont les capitaux propres, augmentés éventuellement de la dette subordonnée, que l'on appelle parfois quasi-fonds propres. Pour les amateurs de comptabilité, on observera simplement que les fonds propres sont des éléments de passif.
L'estimation des profits que la compagnie pourrait générer par ses placements ne correspond à rien du tout (mais alors, croyez-moi, à rien du tout du tout du tout), contrairement à l'estimation des profits de la compagnie (tout court), qui est plus connue sous le vocable de PVFP (present value of future profits). C'est cette dernière qui est pertinente. En effet, dans le cas d'une société d'assurance vie, les profits générés par les placements sont reversés, au moins à hauteur de 85%, aux assurés. Attention, je n'ai pas dit que les profits futurs ne dépendaient pas des profits liés aux placements. Je dis seulement qu'il faut également prendre en compte la qualité technique du portefeuille, la tarification, la qualité de la gestion et de la commercialisation et évidemment des coûts que ces paramètres induisent. Sans compter, évidemment, les coûts de la réglementation (comme par exemple la lutte anti-blanchiment que le Législateur a, dans un souci de finesse, imposé à l'ensemble du secteur alors qu'il est assez douteux qu'Oussama Ben Laden tente de financer son prochain attentat avec des contrats de protection juridique ou d'assistance).

Pour ce qui est des éléments constitutifs de marge de solvabilité, on est à un degré de technicité avancée, mais allons-y dans la simplification, quitte à faire un billet plus détaillé plus tard. Pour faire simple donc, la solvabilité d'une société d'assurance, c'est trois étages d'une fusée :
- d'abord, on évalue les engagements de l'assureur envers l'assuré. Cette évaluation pouvant être faite de bien des manières différentes, tout le monde est d'accord pour dire qu'elle doit être prudente (ce qui déplace le débat vers : c'est quoi une provision prudente). Par exemple, les assureurs vie ne peuvent pas anticiper que le rendement de leur actif sera supérieur à une certaine limite, assez faible (genre 2,5%), ce qui les contraint à tarifer prudemment. Ces engagements évalués prudemment s'appellent les provisions techniques et sont un élément de passif ;
- ensuite, il faut que l'assureur dispose d'un actif couvrant ce passif là. C'est une première contrainte (avoir plus en compte en banque que ce que l'on doit), doublée par une contrainte de valorisation. Celle-ci ajoute une deuxième couche de prudence puisqu'en principe, on diminue la valeur au bilan (i.e. à l'actif, pour ceux qui ont suivi) des moins-values latentes, mais qu'on ne l'augmente pas des plus-values latentes (je schématise allègrement, d'autant plus que les obligations, qui représentent souvent plus de la moitié des placements des assureurs ne sont pas soumises à ce type de valorisation) ;
- enfin, comme si cela ne suffisait pas, il doit en principe y avoir un petit peu plus que tout cela. Il s'agit d'une grandeur hybride, dénommée besoin de marge de solvabilité. Elle est issue d'un puissant calcul (en fait, relativement simple sous l'empire de solvabilité I, impressionnant de complexité sous solvabilité II) qui donne un montant, en euros, sans qu'on puisse vraiment savoir à quoi il correspond. Et en face de ce besoin de marge de solvabilité, l'assureur doit disposer d'éléments constitutifs de marge de solvabilité. Regardons donc brièvement à quoi correspondent ces éléments, listés aux articles R. 334-3 (assurance non vie) et R. 334-11 (assurance vie) du code des assurances. On y trouve effectivement les capitaux propres, réserves et divers reports (i.e. les fonds propres) ainsi que les emprunts subordonnés (i.e. les quasi-fonds propres). Ce sont des éléments de passif. On y trouve également, sous certaines conditions, le capital non encore appelé, ce qui peut s'apparenter à un élément de passif (c'est un passif à venir, quoi...). En assurance non vie, on y trouve le demi-rappel de cotisation (pour les mutuelles à cotisations variables), ce qui s'apparente à un élément de... compte de résultat. On y trouve également les plus-values latentes (vous savez, celles dont on ne tenait pas compte pour l'estimation de l'actif), qui sont un élément de... rien du tout. On retranche de tout ça les actions propres (c'est un élément de l'actif qui existe également au passif (ouf, je viens d'écrire une énormité, mais disons que l'engagement de passif est exactement et parfaitement couvert par l'actif qui a des caractéristiques identiques), donc on l'a déjà compté dans les fonds propres), et quelques autres éléments sur lesquels on ne reviendra pas. Tout ça pour dire que les éléments constitutifs de marge de solvabilité, c'est une somme de choux et de carottes.

Sous solvabilité II, le régime de solvabilité changera de manière radicale : déjà, les provisions ne seront plus prudentes (ce qui ravit le fisc qui va constater tout de suite les bénéfices et donc l'impôt sur les sociétés) mais en "fair value", c'est à dire évaluées sous une hypothèse risque neutre : pour faire simple, les provisions devront être suffisante dans 50% des cas, et pourront être insuffisantes dans 50% des cas. Toute la prudence se retrouve concentrée au niveau des besoins de capital de la société, et là, le calcul s'annonce franchement fendard. Mes respects aux députés européens qui ont voté une telle usine à gaz. Le besoin de marge de solvabilité devient un besoin de capital (élément de passif) qui va être couvert par des éléments d'actif classiques (obligations, actions etc...) ou plus étranges : profits futurs ou même, accrochez-vous bien, impôt différés (valeur présente des impôts futurs, quoi...). Non pas que l'on accepte le fait que les impôts soient un élément d'actif, mais plutôt que l'on souhaite tenir compte de leur effet stabilisateur : si votre société pète la forme et sort des bénéfices pléthoriques, l'État se servira lâchement à hauteur du tiers, ce qui rendra un peu moins sexy votre résultat. Par contre, si votre société est en difficulté, les impôts seront faibles, voire négatifs, ce qui revient à dire que le fisc vous aidera à remonter la pente en ne chargeant pas le baudet.

Deuxième constat, le rédacteur du billet a une notion bien à lui des probabilités. En effet, il écrit que, sous l'empire de solvabilité II, les assureurs "ont une probabilité quasi nulle (0,5%) de faire faillite à un an". Premier commentaire, dire que l'on a une probabilité quasi nulle de mourir lorsqu'elle est de 0,5% (c'est de cela qu'il s'agit, appliquée à une société) lorsque la probabilité est de 0,5% me semble bien téméraire. Cela correspond à 1 chance sur 200. C'est la probabilité qu'un homme décède au cours de sa 48ème année (avec une table TH02). Surtout, il s'agit d'une probabilité annuelle. Ainsi, un épargnant sera sûrement très rassuré de savoir que, pour un contrat d'assurance vie à échéance 8 ans, la probabilité que la société existe toujours pour honorer ses engagements ne sera plus que de... 96,07% (d'où une probabilité de près de 4% de perdre sa mise totalement ou en partie). Personnellement, cela me semble énorme, d'autant plus que, si l'on déroule, la société n'a que 86,04% de chances de fêter son trentième anniversaire, 77,83% de fêter son cinquantenaire et 60,58% de fêter son centenaire (en fait, l'assuré sera déjà probablement mort, mais bon...).

Troisième constat, M. Attali ne lit manifestement pas ce blog, sinon il saurait qu'il existe un principe de spécialisation, et donc que la marge de solvabilité ne peut être une "proportion entre le total de leurs engagements en assurance vie [...] et des provisions constituées pour faire face à ses engagements en assurance dommage [...], et leurs fonds propres". Hormis le cas - marginal - des sociétés mixtes, on ne trouve pas de provisions vie et non vie dans une même société d'assurance. Par ailleurs, on en revient au premier point en observant que la marge de solvabilité n'est en aucun cas un ratio entre des provisions techniques et des fonds propres.

Quatrième constat, mais il me faut bien avouer qu'il s'agit là de quelque chose qui me tient particulièrement à coeur, M. Attali confond assurance vie et contrats d'épargne. S'il est tout à fait exact que l'assurance vie est dans une très large part un vecteur d'épargne, il ne faut pas oublier que l'assurance vie, c'est aussi l'assurance en cas de décès. Par exemple la garantie emprunteur, ou certaines garanties de prévoyance. Et encore, résumer l'assurance vie à l'épargne, c'est négliger complètement les subtilités du contrat d'assurance vie par rapport à un produit bancaire : compte titres (banque) contre assurance vie en unités de comptes (assurance), qui se ressemblent mais n'ont, techniquement, rien à voir, livrets et comptes à terme (banque) contre assurance vie en euros (assurance) pour lesquels on peut faire la même remarque sans compter les produits qui n'existent tout simplement pas dans le monde bancaire (rentes, temporaires décès, vie entière etc...).

Cinquième constat, la réglementation concernant la publicité des comptes est connue de manière assez approximative. Ainsi, d'après l'auteur, les assureurs "doivent publier tous les six mois une « marge de solvabilité »". Que les choses soient claires : les assureurs doivent en effet publier leurs comptes annuellement, mais les éléments de marge de solvabilité ne sont, à cette date, communiqués qu'à l'Autorité de contrôle (en jargon d'assureur, on appelle ça les états C5 - couverture des engagements réglementés par un actif suffisant - et C6 - couverture des besoins de marge de solvabilité par les éléments de marge de solvabilité). Par contre, il est exact que les groupes cotés sont soumis à des obligations de publicité étendus en raison même du fait qu'ils soient cotés. Il n'en demeure pas moins que cette obligation ne concerne qu'une faible minorité d'assureurs, certes les plus médiatiques car dans le CAC40 ou l'Eurostoxx50.

Sixième constat, le concept de modèle mathématique n'est pas forcément très bien compris. D'abord, la notion de 0,5% de probabilité de faillite suppose que l'on soit en mesure de donner des mesures de probabilité à toute une série d'événements. D'ailleurs, on y arrive. Trop bien d'ailleurs, car un même risque peut être modélisé par plusieurs lois (demandez à Arthur qui peut vous en sortir 10 du tac au tac pour les risques extrêmes...), ce qui fait que les résultats peuvent différer sévèrement. De plus, les risques de nature diverses ne sont pas modélisés par les mêmes lois, donc par les mêmes modèles. Par exemple, on modélise souvent le rendement des actions par un modèle dit de Black & Scholes (rendements lognormaux et stochastiques), dont les insuffisances et limites sont documentées en détail mais qui se maintient comme modèle de référence, alors que pour les obligations, on utilise des modèles à la Vasicek (que l'on pourra peut-être retrouver sur des modèles de mortalité stochastiques...), à la Cox Ingersoll Ross, à la Heath Jarrow Merton, à la Hull & White etc... Et bien sûr, à chaque fois, le modèle donne un chiffre différent ! De plus, dire que la loi des grands nombres doit jouer pour que la modélisation soit correcte est partiellement vrai : la loi des grands nombres ne joue pas dans le modèle. Par contre, elle joue dans sa calibration, puisque la loi des grands nombres dit, en gros, que plus l'échantillon est grand, plus les données statistiques empiriques (moyenne, variance par exemple) se rapprochent des données caractérisant réellement le phénomène.

Septième constat, les ordres de grandeur ne sont pas correctement appréhendés. En effet, attention les yeux, les sociétés d'assurance du monde entier auraient des engagements pour 25 T$, dont 20 T$ pour l'assurance vie. Et ils n'auraient que 1 à 1,5 T$ de fonds propres, ce qui serait "très peu", voire "trop peu". Rappelons que sous l'empire de solvabilité I, qui impose des besoins de solvabilité bien trop importants (aux dires des assureurs) et probablement plus importants que ceux de solvabilité II, un rapide (et approximatif) calcul, valable pour les contrats en euros en assurance vie permet de majorer le besoin de marge de solvabilité pour la partie assurance vie à 0,8 T$ (soit 4% des 20 T$). Cela laisse 0,2 à 0,7 T$ pour couvrir les besoins de marge de solvabilité générés par les 5 T$ de l'activité non vie (à vue de nez, dans les 0,4 T$), c'est à dire que l'on est pile poil dans la fourchette. D'ailleurs, ça tombe bien, ça semble vouloir dire que les assureurs respectent peu ou prou les règles de solvabilité de base. D'ailleurs, c'est à peu près la seule chose que l'on peu conclure des chiffres ainsi donnés, à mon sens.

Pour finir, il y aurait encore beaucoup à dire sur les approximations (par exemple, grand jeu concours pour toi, lecteur passioné de ce blog, sauras-tu découvrir combien il y a d'aberrations dans l'affirmation suivante : "Ces fonds propres sont la somme des capitaux propres de la compagnie d’assurance, de sa dette subordonnée et d’une estimation des profits que la compagnie pourrait générer par ses placements. Ces placements ne sont donc pas évalués selon leur valeur immédiate, sur le marché, mais selon une valeur à long terme calculée en général en utilisant des modèles mathématiques"). Je veux pourtant conclure sur un raisonnement qui m'a semblé particulièrement rapide et qui demanderait à être développé. En effet, l'auteur du billet écrit que "les obligations des institutions bancaire [...] sont dévalorisé[e]s par les risques de leur nationalisation à une valeur dérisoire". Là, je ne vois pas. Plus précisément, il me semblait, peut-être un peu benoîtement, que les banques risquaient de faire faillite en raison de la crise financière et de la réalisation du risque systémique, donc, effectivement que la valeur des actions et des obligations émises par ces institutions ne pouvait que baisser, voire valoir 0 pour les actions en cas de faillite, et que, conséquence de la faillite, l'État nationalisait les banques en ce qu'elles sont un acteur majeur permettant de fournir ce bien public qu'est la liquidité (et le crédit, aussi, quand même). Bref, je croyais naïvement que les banques étaient nationalisées car elles allaient droit à la faillite, mais il semblerait que l'explication soit toute autre : c'est parce qu'elles sont nationalisées qu'elles perdent de la valeur... Je reste dubitatif, quelqu'un pourrait m'expliquer ce qu'Attali a voulu dire (je pense que l'explication est plus politique qu'économique, mais bon...) ?

mercredi 27 mai 2009

Et un, et deux, et trois...

Bon, on va bientôt pouvoir reparler d'assurance sur ce blog.

Parce que la saison de foot est finie (au match contre le Depor du week end prochain près, qui servira surtout à faire prendre l'air aux coupes glanées cette année)...

Donc, en guise d'hommage au triplé du Barça, je ne résiste pas au plaisir d'insérer la chanson (c'est un bien grand mot, chanson, mais bon...) qui cartonne en ce moment en Catalogne. C'est extrait de Crackòvia, une émission de télévision jumelle de Polónia (la série avait également eu un Barçòvia, sur la vie municipale de Barcelone qui n'a jamais vraiment trouvé son public).







Certes, c'est assez nul.

Certes, Messi est plutôt mal fait (alors qu'Iniesta est simplement excellent).

Certes, vous n'avez pas le début du gag (c'est comme ça qu'on dit en catalan), où Guardiola fait écouter du Bach à ses joueurs consternés, puis essaie de les inciter à lire (c'est un épisode datant de la Sant Jordi).

Mais cette émission est une référence.

Par exemple, lors du but de l'égalisation d'Iniesta à Stamford Bridge, le commentateur de RAC 1 (n°1 en Catalogne pour les transmissions radiophoniques du Barça, au grand détriment de Catalunya Radio et Puyal, mais j'en parlerai peut-être dans un autre billet) a annoncé gol del puto crack en référence à un épisode de Crackovia où Puyol dit d'Iniesta qu'il est le puto gusiluz. Et dorénavant, le surnom risque de lui rester.

Ou alors le refrain de la chanson, Copa, Lliga i Champions, qui doit être n°1 en sonneries de téléphones mobiles en Catalogne, et probablement plus encore ce soir.

Bon, voilà, ce soir je suis content. Comme pas mal de gens au pays !

C'est tout...

vendredi 15 mai 2009

Il fallait que cela sorte !

Désolé de ne parler que de foot en ce moment (il faut voir que l'actualité est plutôt rieuse de ce côté là quand on est culé), et surtout désolé de ressasser de vieilles rancoeurs, mais je vais revenir sur le match Chelsea - Barça du 6 mai dernier.

Je voulais simplement matérialiser par un billet mon incompréhension, voire mon incrédulité, lorsque je lis l'équipe du 8 mai (avec en une "Chelsea hurle au scandale"). Le journal liste les "erreurs de M. Övrebö" et donne à chaque fois un commentaire émis par M. Quiniou, ancien arbitre international :

1. "La faute sur Malouda" : La question que semble se poser le journal, c'est où a eu lieu la faute. Et analyse pour cela sur la position des pieds, sur celle de Malouda, sur le fait que les lignes font ou non partie de la surface de réparation. Le fait qu'une première faute d'Alvés un bon mètre en dehors de la surface ait initié l'action litigieuse et que la faute supposée dans la surface (un "tampon", d'après le journal) puisse éventuellement être mise à la charge de Malouda ne semble pas avoir été pris en compte. Verdict de M. Quiniou : "Il le bloque dans la surface. Penalty". Pour les explications, on repassera.

2. "L'expulsion d'Abidal" : d'après l'équipe (et d'après moi aussi, d'ailleurs, après 250 re-visionnages), "le contact semble anodin. Le rouge semble dès lors une erreur, ce que M. Quiniou traduit par : "C'est sévère, il y a une légère faute du bras qui n'est pas décisive. L'assistant interpelle, par erreur, l'arbitre central".
J'ai quand même deux commentaires : tout d'abord, je ne connaissais pas le concept de légère faute en football (alors qu'en responsabilité contractuelle, il me semble que ça existe, mais passons...). Il y a faute ou pas. Par conséquent, il me semble étrange de parler d'erreur de l'arbitre de siffler une faute qui, même légère, semble bien exister. Ou alors, on parle de psychologie, d'équilibre du match, ce qui ne me semble pas faire partie de la règle mais admettons, et on peut également mieux comprendre l'absence de pénalty sur Malouda (moi je dis ça, je dis rien...).
De plus, cette action laisse pour le moins songeur. Après coup, Abidal déclarera : "je ne sais pas s'il y avait faute. Si l'arbitre siffle, il est normal qu'il me sanctionne". J'ai rarement été autant en accord avec les déclarations d'un footballeur. Par contre, le fait qu'Abidal semble suggérer qu'il avait finalement bien fait faute ("c'est une bonne faute", "c'est un sacrifice"), alors même que la vidéo suggère encore et encore qu'il n'y a pas faute est à mon avis un argument qui devrait troubler les partisans de l'arbitrage vidéo. Et également plaider en faveur du fait que l'arbitre avait vu juste.

3. Les mains de Piqué et d'Eto'o : alors là, je me régale. Tout d'abord l'équipe décrit l'action en indiquant que Piqué "arrête le ballon de façon intentionnelle". M. Quiniou qualifie le pénalty d'évident. Pourtant, l'arbitre "n'est pas loin" et "son assistant a l'ouverture pour voir la main". L'hypothèse d'une main non intentionnelle - confirmée par les déclarations d'après match de Piqué - ne semble pas avoir effleuré l'esprit du journaliste. Reprenons donc : le journaliste trouve que l'arbitre et son assistant sont bien placés, ce qui sous-entend qu'ils ont normalement dû voir la main (au moins l'un des deux, en tout cas), mais que malgré cela ils n'auraient rien signalé ? Et si, justement, ils avaient tous deux vu cette main mais jugé qu'elle était involontaire ? Et si c'était l'équipe, et non l'arbitre, qui se trompait dans l'appréhension de cette notion fort difficile de "main volontaire" ?
Et le festival continue avec la main d'Eto'o. Le journal mentionne deux écoles : celle où l'arbitre sanctionne les mains décollées du corps (ce qui était peut-être le cas, sans toutefois être évident) et celle où l'arbitre ne retient que l'intentionnalité de la main. Aucune référence à la loi XII du jeu, qui est pourtant assez claire : "Un coup franc direct est également accordé à l’équipe adverse du joueur qui touche délibérément le ballon de la main (excepté le gardien de but dans sa propre surface de réparation)".
M. Quiniou ne semble pas connaître la règle lorsqu'il déclare que "la main est suspecte. Elle est suffisamment décollée du corps pour dépasser le cadre de la simple protection". Tout cela alors que le débat aurait été présenté de manière plus utile en expliquant que la main décollée ou non, la protection ou non d'une partie chère du corps du défenseur sont autant d'indices permettant à l'arbitre de se faire une idée sur le caractère délibéré ou non de la main.

Pour faire bonne mesure - mais l'équipe n'y est pour rien - il faut rajouter la notion de complot de l'UEFA qui n'aurait pas été intéressée par une finale remake de l'an dernier. Sur ce point, je suis plutôt d'accord, mais sur l'aspect complot, il va falloir expliquer comment l'UEFA a payé Drogba pour tout rater face à Valdés, à l'aller comme au retour. Ou alors comment Iniesta a planté un si beau but. Ou bien pourquoi l'UEFA a ordonné à Hiddink de sortir Drogba pour encore plus bétonner avec Belletti. Ou enfin comment l'UEFA a anesthésié Chelsea pour qu'ils n'aient guère que deux occasions franches à 11 contre 10 et avec Piqué avant centre.

Bref, Chelsea s'est fait punir de ne pas avoir su tuer le match. Ce n'est pas une situation si étrangère aux anciens qui comme moi ont connu les désillusions de 1993 dans la campagne de qualification à la coupe du monde 1994.

Bon, sinon, pour rester sur une touche plus positive, le Barça vient de gagner la Copa del Rey, de manière méritée face à une équipe courageuse mais limitée. Je ne résiste pas à l'envie de copier ce qu'écrit le journal el mundo dans sa chronique de la finale : "Toda la expedición del Barcelona luce una camiseta con la leyenda 'Rei de Copes' en la espalda, que para los que no somos versados en la obra de Ausias March, nos dicen que significa 'Rey de Copas'." Le journaliste traduit l'inscription "Rei de Copes" (en catalan) en "Rey de Copas" (en castillan). Comme le lecteur du journal est probablement imbécile, il n'a très certainement pas fait le rapport entre rei et rey d'une part et entre copes et copas d'autre part, dans le contexte de la finale. Par contre, cette institution séparatiste qu'est le Barça inscrit dans le cadre d'une compétition nationale un jeu de mot que seuls les Catalans auront compris et qui exclut les autres Espagnols...